Réponses paysannes à l’absence de financements adaptés

Face à l'absence de financements adaptés, les organisations paysannes d'Afrique de l'Ouest imaginent des mécanismes pour répondre aux besoins de leurs membres

Face à l’absence de financements adaptés, les organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest imaginent des mécanismes pour répondre aux besoins de leurs membres

« Hier nous courions après les banques, aujourd’hui ce sont les banques qui courent après nous pour nous proposer des crédits ». Cette déclaration est de Soumaïla Sanou, président du Comité interprofessionnel des céréaliers du Burkina (CICB) et du Réseau Ouest Africain des céréaliers.

Aujourd’hui les choses changent pour eux, leur situation financière s’améliore. Mais le président des céréaliers ouest-africains n’oublie pas pour autant les dures années vécues. « Comme dans tous les pays, les producteurs céréaliers étaient les plus pauvres. Il n’y avait pas aucun mécanisme pour les accompagner. Pendant ce temps, les producteurs de coton bénéficiaient d’une série de dotation d’intrants, de matériel agricole et de crédits au taux subventionné. Nous avons demandé la même chose, mais on ne nous a pas écouté », témoigne Soumaïla Sanou.

Nous le savons tous, les banques ne prêtent de l’argent qu’à ceux qui peuvent fournir des preuves de leur capacité à rembourser. Et cela n’a jamais été aussi vrai que lorsque l’on considère la situation des petits producteurs agricoles. Au moment où ils ont le plus besoin d’aide, au moment où ils sont le plus vulnérables, aucune banque ne s’intéresse à eux. Ils ne sont pas solvables et donc pas question de prendre des risques en les finançant.

« Les Etats ont créé des banques agricoles, mais elles n’ont pas permis d’atteindre les objectifs escomptés. Aujourd’hui elles ont toutes disparues. Puis il y a eu les institutions de micro finance qui malheureusement se sont très vite réorientées vers le financement des artisans en milieu urbain », regrette Bassiaka Dao, administrateur du Réseau des organisations paysannes et des professionnels agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA).

Il ajoute : « Il y a eu plus tard aussi des caisses de crédits créées par les paysans elles-mêmes. Celles ont permis d’atteindre un certain nombre de petits producteurs. Mais peu structurées, leur capacité de financement est restée très faible et beaucoup ont fini par se détourner du financement de l’agriculture ».

Innover ou disparaître

Laissés à eux-mêmes, les agriculteurs réagissent. Un peu partout en Afrique de l’Ouest, plusieurs organisations d’agriculteurs ont développé des mécanismes pour permettre à leurs membres d’accéder à des services agricoles de base : les engrais, le matériel, de petits crédits, des marchés porteurs pour l’écoulement de produits, etc.

Quelques-unes de ces initiatives ont été présentées à la conférence internationale sur le financement de l’agriculture qui se tient à Nairobi au Kenya du 14 au 18 juillet 2014. C’était ce mardi 15 juillet lors de la session parallèle organisée par le Roppa.

Au Niger, pays chroniquement déficitaire, la Fédération des Unions des Coopératives de Producteurs de Riz (FUCOPRI) organise la vente groupée du riz paddy « pour faire face à l’épineuse question de commercialisation qui a motivé la création de la fédération », explique Ayouba Hassane, directeur technique de la FUCOPRI.

« Les leaders de la fédération ont réussi à convaincre le gouvernement nigérien à acheter le riz paddy local pour la constitution du stock de sécurité alimentaire », ajoute-il. Il explique que cela a permis de résoudre un problème crucial qui est celui de la mobilisation de financement pour le fonctionnement des coopératives. « Sur chaque kilo vendu, la fédération a un franc et aujourd’hui cela lui a permis de constituer des ressources propres à la FUCOPRI », confie Ayouba Hassane. Une grande victoire pour les 27650 riziculteurs membres de la FUCOPRI.

Pendant ce temps au Bénin la Fédération des Unions de Producteurs (FUPRO) parie sur le warrantage pour entre autres objectifs faciliter l’accès des petits producteurs aux marchés porteurs. « Le dispositif permet aux producteurs de stocker dans nos magasins leurs céréales contre 75 à 100% du coût en cour du produit. On garde les produits pour les revendre quand les prix sont plus intéressants, on soustrait les charges liées au stockage et le reliquat est restitué aux producteurs », Leonel Guezodjé, président du FUPRO.

Au Burkina Faso, le CICB a de sont côté mis en place un mécanisme dénommé ‘‘opération intrants’’. Ce mécanisme consiste à collecter et dès les récoltes une partie de la production des agriculteurs qui adhèrent librement au mécanisme. Le CICB recherche alors des marchés pour vendre de façon groupée les céréales collectées. L’argent ainsi obtenu permet d’acheter aussi de façon groupée des engrais pour les producteurs. « L’engrais que chaque producteur reçoit est l’équivalent de la quantité des céréales qu’il a cédé à l’organisation », explique Soumaïla Sanou. « L’argent qui reste après l’achat d’engrais est reversé dans un compte et chaque producteur reçoit un carnet précisant le montant qui lui revient. Aujourd’hui on a 25 millions de francs CFA dans ce compte », confie Soumaïla Sanou qui savoure sa victoire.

Ce sont autant d’initiatives qui permettent aux organisations de répondre aux besoins pressants des agriculteurs, notamment les plus démunis. Mais jusqu’où ces mécanismes peuvent leur permettre d’aller dans l’élan de professionnalisation de leurs membres ?

Advertisements

3 réflexions sur “Réponses paysannes à l’absence de financements adaptés

    • Problème résolu Seydou. Tu peux retrouver la suite en cliquant sur le lien. C’est ok.
      Merci à toi d’avoir attirer l’attention.
      N’hésite pas après lecture, à laisser un commentaire, ton point de vue sur le sujet ou toute information bonne à savoir.
      A très vite

  1. Je trouve que c’est de très belles initiatives que de vouloir s’en sortir soi-même! Je reste convaincu que dans l’état actuel des choses, les banques commerciales ne sont pas bien adaptées au contexte de l’agriculture, surtout la petite. Il faudrait surtout des banques qui soient prêtes à financer sur le long terme afin de pouvoir régler un peu le problème de financement auquel font face les petits agriculteurs. Je parle surtout des investissements!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s