Produire de l’oignon en hivernage pour mieux profiter des opportunités de marché

La production de l'oignon en saison des pluies offre de nombreux avantages aux maraichers burkinabè

La production de l’oignon en saison des pluies offre de nombreux avantages aux maraichers burkinabè

Avec une production annuelle estimée à 242 258 tonnes en 2008 (source : ministère de l’agriculture), l’oignon représente à peu près un tiers de la production maraichère au Burkina Faso.Une production considérable, mais mal repartie dans le temps.

Les maraichers produisent et récoltent presque tous à la même période. De sorte que l’oignon inonde les marchés à une certaine période de l’année et cela fait chuter les prix.

« De mars jusqu’en juin, le marché est inondé. Mais quand vous observez à partir d’août jusqu’en septembre, décembre pratiquement, on voit que vraiment les Burkinabè consomment de l’oignon hollandais », laisse entendreSankara Noufou, président de la Coopérative Agricole du Passoré.

Le manque d’infrastructures adéquates pour conserver l’oignon sur plusieurs semaines voire des mois et le besoin pressant d’argent poussent les producteurs à brader leurs récoltes au moment où les prix sont au plus bas. Ce qui ne leur permet pas de rentabiliser leurs investissements.

Comment s’organiser pour mieux profiter de bonnes opportunités de marché au cours du dernier trimestre de l’année et permettre aux Burkinabè de consommer l’oignon produit localement ?

Produire selon le marché

La réponse des producteurs tient à une chose : l’introduction de l’oignon Prema 178, une variété adaptée aux milieux tropicaux et à la saison hivernale permettant ainsi aux producteurs d’oignon de produire toute l’année.

La Prema 178 est une variété d’oignon développée par East West Seed, une entreprise néerlandaise basée en Thaïlande et commercialisé au Burkina Faso par la société Burkina Primeur. L’entreprise a procédé à plusieurs tests avec des producteurs et l’Institut National pour l’Environnement et la Recherche Agricole (INERA). Des tests qui ont donné un rendement moyen de 30 tonnes à l’hectare.

« A partir du 20 mai, nous mottons en place les pépinières. En fin juin au plus tard, nous entamons le repiquage. De sorte qu’en octobre au plus tard, l’oignon est prêt pour être récolté. C’est la période aussi où on ne trouve presque plus d’oignon sur le marché, ce qui fait que les prix sont bons », explique Kiemtoré Alidou, Président de l’Union Départementale des Producteurs Maraichers de Korsimoro (UDPMK).

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Avant l’introduction de la Prema 178, à Yako par exemple, la Coopérative Agricole du Passoré a tenté d’adapter à la production hivernale des semences d’oignon de contre-saison, notamment le Violet de Galmi. Mais le succès n’était pas au rendez-vous.

A cette époque, produire de l’oignon en saison des pluies passait pour une chose techniquement impossible pour de nombreux maraichers. Une perte de temps, d’énergie et d’argent.

« Celui qui se lançait dans la production de l’oignon en hivernage devenait la risée de tout le monde. On se moquait de lui en disant au lieu de produire des céréales, il perd son temps à tenter l’impossible », raconteOuédraogo K. André, membre de la Coopérative Agricole du Passoré.

Plus de bénéfice et moins de souffrance

Aujourd’hui, de plus en plus de maraichers s’investissent avec succès dans la production de l’oignon hivernal. Au sein de la CAP et de l’UDPMK, on les compte déjà par dizaines. La culture de l’oignon en saison des pluies exige moins d’eau et d’engrais, ce qui constitue pour les producteurs des économies dans l’investissement.

« Tu peux faire une semaine sans avoir besoin d’arroser tes plantes grâce à la pluie. Tout ce qui te reste à faire, c’est de désherber régulièrement. Si tu vois que les feuilles commencent à devenir pales, tu mets de l’engrais et la pluie fait le reste du boulot », confie Ouédraogo Idrissa, membre de la Coopérative Agricole du Passoré.

La production hivernale de l’oignon permet aux maraichers de réaliser de meilleurs bénéfices. Le prix du sac d’oignon qui tourne autour de 15 000 F CFA par exemple en mars, grimpe pour atteindre jusqu’à 80 000 F CFA entre octobre et décembre.Les producteurs réalisent un double gain en vendant également les feuilles d’oignon très prisées à cette période de l’année.

« Nous récoltons au moment où l’oignon manque sur le marché. Et nous savons que tout ce qui est rare se vend bien. Ce n’est pas comme en saison sèche quand les récoltes inondent le marché et c’est la misère pour tous les producteurs. C’est aussi au moment où nous sommes vraiment dans le besoin. Il y a la famille à nourrir, c’est la rentrée scolaire et on n’a plus de niébé pour vendre. Tu vends tes récoltes d’oignon, tu fais tes dépenses et toute la famille est contente. Et lorsque tu récolteras tes céréales, tu pourras les stocker avec sérénité », joute Ouédraogo Idrissa.

L’introduction de la Prema 178 est en train de transformer les perspectives de production et de commercialisation d’oignon au Burkina Faso. De plus en plus de maraichers sont assurés de réaliser de meilleurs bénéfices en produisant en hivernage. Ce qui leur permet de tirer profit de la forte demande au cours du dernier trimestre de l’année. Mais pour l’instant, le niveau de production demeure insuffisant pour contrer l’importation tous azimuts d’oignon, notamment des Pays-Bas.

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Crédits photos: Kouka Kaboré

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8 réflexions sur “Produire de l’oignon en hivernage pour mieux profiter des opportunités de marché

  1. Il existe d’autres variétés d’oignons d’hivernage comme l’Alizé, le Julio ou encore l’oignon Ares, commercialisés par la société NANKOSEM. Ces variétés ont été spécialement sélectionnées pour ces conditions de production.

    • Marike, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur les trois variétés que vous commercialisez ? Auriez-vous des chiffres précis des maraichers qui les ont déjà utilisées ? Les quantités venduées ? Depuis quand ? Merci d’avance.

      • Alizé et Julio sont en développement depuis 2 ans et ont vraiment pris cette année suite à un gros travail de sensibilisation auprès des producteurs. En effet, la majorité pense qu’il est impossible de produire pendant cette campagne. J’ai rajouté des photos sur le site internet : http://www.nankosem.com

      • Un peu partout dans le Burkina. Nous avons 6 agences et 9 techniciens qui couvrent quasiment l’ensemble du territoire. Donc du Sourou à Fada ou de Dori à Banfora, vous trouverez des producteurs ayant essayé ces variétés.

  2. Bonjour, je souhaiterais avoir plus d’informations sur la variété Prema. Il s’agit surtout de son comportement vis-à-vis des bioagresseurs.
    D’avance Merci

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