Journée nationale du paysan : A quoi ça sert vraiment ?

JNP, un événement politique ou un cadre pour un bilan de santé de l’agriculture burkinabè ?

La 17e édition de la journée nationale du paysan au Burkina Faso a fermé ses portes le samedi 12 avril dernier. Nombre de personnes s’interrogent sur l’utilité de ce forum. Pour moi c’est l’occasion d’y réfléchir à froid.

« En quoi la JNP permet de résoudre les problèmes des agriculteurs burkinabè », m’a interrogé un confrère. Je lui donnais alors mon avis en tant que président de l’Association Burkinabè des Journalistes et Communicateurs Agricoles (ABJCA).

D’abord qu’est-ce que c’est que la journée nationale du paysan ? C’est une rencontre annuelle initiée en 1993 par le président Blaise Compaoré, qui souhaitait alors avoir un cadre d’échange avec les acteurs du monde rural.

La recette ? Deux jours d’exposition, de visites de fermes et de débats sur un thème précis, couronnés par des échanges directs entre les différentes délégations et le chef de l’Etat lors du troisième jour. Nul besoin de préciser que ce dernier jour est l’ultime moment de ce forum. Et c’est bien là où se pose le débat sur l’utilité du forum.

Une mascarade…

Le gouvernement burkinabè balbutie et notre agriculture stagne. La preuve ? Au fil des éditions de la JNP, on entend les mêmes préoccupations exprimées par les paysans, suivies des mêmes promesses et engagements. Et après ? Aucun cadre pour suivre et évaluer la mise en œuvre des engagements avant le rendez-vous suivant.

Pire ces préoccupations sont souvent formulées par les services techniques qui rédigent en même temps que le ministre se contente de lire. On se souvient encore de la belle boulette de Mahama Zoungrana, ministre en charge de l’agriculture, qui, lors de la 16e édition en 2013 à Banfora, a accidentellement lu les réponses avant même que les questions ne soient posées.

Raogo Antoine Sawadogo, président de l’ONG Laboratoire Citoyenneté, qui a été actif tant dans le mouvement paysan qu’au cœur de l’État comme ministre de l’Administration territoriale et président de la Commission nationale de la décentralisation (1991 – 2000), décrit la JNP comme étant une foire « où les paysans sont de simples faire-valoir, pour prononcer des discours que les techniciens ont bien voulu leur préparer ». De ce fait, « ça ne permet pas de régler les problèmes essentiels des paysans », soutient l’ancien ministre de Blaise Compaoré.

Progressivement, la journée nationale du paysan est devenue plus une manifestation politique qu’un cadre pour faire vrai bilan de santé de notre agriculture. La principale préoccupation du ministre et de son staff technique est de montrer au chef de l’Etat que les choses bougent sur le terrain, plutôt que de répondre aux préoccupations des paysans.

Ce qu’il faut également regretter, c’est la centralisation de l’organisation. Tout est préparé de bout en bout depuis Ouagadougou, sans impliquer les organisations de la localité devant abriter l’événement.

…Mais pas sans intérêt !

Malgré tous ces griefs, la journée nationale du paysan ne manque pas d’intérêt. Pour certains agriculteurs, c’est l’une des rares occasions dans l’année de voyager, de découvrir ce qui se fait dans d’autres région du pays. C’est aussi une opportunité inouïe pour eux de rencontrer et d’échanger avec leurs paires sur des préoccupations communes.

La JNP a permis de décomplexer les paysans burkinabè. Lors des premières éditions, les agriculteurs étaient presque effrayés à l’idée de serrer la main du président. Aujourd’hui, beaucoup s’expriment sans complexe et n’hésitent pas par moment à contredire le gouvernement en disant ouvertement ce qu’ils pensent.

Les acteurs du monde rural burkinabè prennent conscience de leur importance et de leur rôle vital dans l’approvisionnement des burkinabè, notamment des villes en produits alimentaires. « Le président est passé, il a regardé et il a dit que c’est bien de continuer comme ça », confie Abdou Bazamfara, ce jeune éleveur qui présentait alors son bélier à la compétition de petit ruminant dont il a décroché le premier prix pour l’édition de 2014.

La JNP a forcé également les services techniques de l’Etat à changer leur regard sur les paysans. Ceux-là mêmes qu’ils prenaient pour des ignorants à encadrer se sont révélés être de potentiels dangers dans ce sens où ils n’hésitaient pas à dénoncer les mauvaises actions de certains agents de l’Etat.

Pour le ministre et son équipe, la JNP est une échéance capitale qui les contraint à passer quelques nuits sans sommeil. Ce qui n’est pas mal aussi.

Bref, c’est donc sur le plan symbolique que la journée nationale du paysan tire son importance. Il est devenu un rendez-vous incontournable dans l’imaginaire paysan.

Mais on peut la rendre encore plus utile en mettant par exemple en place une sorte de secrétariat permanent qui assurera le suivi et l’évaluation de la mise en œuvre des engagements. De sorte que lors de l’édition suivante, avant d’entamer les débats, on fait le bilan de l’année écoulée avant de prendre d’autres engagements pour l’année suivante.

crédits photos: Lefaso.net

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Une réflexion sur “Journée nationale du paysan : A quoi ça sert vraiment ?

  1. Bjr Inoussa courage pour ton article mais je note que tu te contredis. Il fallait tenir sous un seul angle. Oubien tu fustige la JNP avec des arguments solides oubien tu reconnais l’importance de la JNP qui est tout de même un évènement qu’il fallait créer s’il n’existait pas.
    Concernant le bilan des engagements, si tu assistes au échanges directs avec le chefs de l’Etat, tu te rendras à l’évidence que le bilan des engagements précédents est établi de façon quantifiée. (voir Secrétariat de la JNP au SP/CPSA pour t’en procurer).
    De plus l’avis d’Antoine Raogo relève de propos d’un « has been » qui en son temps aurait mieux proposer du contenu à la JNP.
    Omar OUEDRAOGO
    Expert en communication pour le développement rural

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