Agriculture familiale: un stabilisateur social au Burkina Faso !

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Huit millions. C’est le nombre d’agriculteurs que compte le Burkina Faso, pays sahélien sans littoral de seize millions d’habitants. Huit millions d’agriculteurs dont l’écrasante majorité sont familiaux, dans la mesure où leur activité économique est structurellement liée à leur famille. Un lien qui conditionne l’organisation du travail, la gestion des facteurs de production et des récoltes, le contrôle, la gestion et la transmission du patrimoine foncier, etc.

Avec une population essentiellement rurale, le Burkina Faso se caractérise par le faible développement des 40.000 organisations de producteurs qu’il compte et aussi la faible capacité des autres secteurs économique à absorber l’excédent de main d’œuvre peu qualifiée du secteur rural.

Stabilisateur social

Dans un tel contexte, l’agriculture familiale joue un rôle capital de stabilisateur social. Au cours de ces dernières décennies, les millions d’agriculteurs familiaux burkinabè ont montré leur capacité à se maintenir en dépit d’un contexte national et international plus que défavorable.

Base d’une production diversifiée, l’agriculture familiale caractérisée par une faible dépendance aux facteurs de production externes à l’exploitation, appuie son développement sur la valorisation de ressources locales. C’est ainsi qu’elle parvient à assurer au pays l’essentiel de l’approvisionnement en vivres d’une population croissante. Tout en assurant l’équilibre entre les villes et les campagnes.

Délaisser le ventre au profit du porte-monnaie

Au début des années 1990, suite à l’ajustement structurel imposé au pays par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), le retrait de l’Etat burkinabè du secteur agricole va plonger les agriculteurs dans le désarroi.

Les producteurs de riz sont parmi ceux qui en ont le plus souffert. La production rizicole, alors en pleine expansion, est mise à rude épreuve. La caisse générale de péréquation (CGP), structure étatique qui veillait à l’équilibre entre les importations et la production locale, disparait.

Ouvrant le marché national aux importations tous azimuts. Le riz local ne peut soutenir la concurrence du riz importé d’Asie beaucoup moins cher. Dans les plaines rizicoles, les paysans vendent à perte ou parfois regardent leur production pourrir sous les hangars, faute de débouché.

Pour sa part, l’Etat a fait le choix du porte-monnaie au détriment de l’estomac en arrêtant son soutien aux productions vivrières au profit des cultures de rente, le coton notamment.

Innover pour survivre

Acculés, certains producteurs finissent par abandonner les plaines rizicoles pour aller culture le coton, alors à la mode. Mais beaucoup d’autres vont résister en innovant dans la production et la commercialisation de leurs récoltes. Les producteurs s’associent aux étuveuses de riz, dont la plupart sont des épouses de riziculteurs. Ces dernières vont jouer un rôle prépondérant de soutien à la filière.

Organisées en groupements, elles fournissent par moment de l’engrais à crédit aux coopératives rizicoles qui remboursent leurs dettes en riz paddy. C’est ce riz paddy que les femmes transforment et vendent directement aux consommateurs ou aux restauratrices et aux commerçants, attirés par la qualité de leur produit.

A partir de ce moment, le riz est produit, transformé et commercialisé localement. Et c’est toute l’économie locale qui en profite, améliorant les conditions de vie et de travail des familles rizicoles.

De nombreux producteurs vont pouvoir ainsi s’équiper en matériel agricole comme les motoculteurs, charrettes, batteuses, etc. Ces actions de survie sont à l’origine de l’émergence de centres d’étuvage de riz dans les zones principales de production de riz au Burkina : Bama et Banzon à l’Ouest, Sourou au Nord-Ouest, Founzan au Sud-Ouest, Bagré au Centre-Est. Des acquis très importants, qui restent cependant fragiles et insuffisants.

Crédits photos: Inoussa Maiga

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