Agriculture familiale : une série de contraintes !

Entre insécurité foncière, aléas climatiques, faible soutien de l’Etat… l’agriculture burkinabè, essentiellement familiale, est à la croisée des chemins. Dans un contexte marqué par le décuplement des enjeux et des contraintes, celle-ci doit nécessairement se transformer pour répondre aux besoins d’une population en pleine croissance.

A Bama dans l’ouest du Burkina Faso la pleine rizicole est menacée depuis quelques années par l’ensablement du fleuve Kou qui l’alimente en eau. Plusieurs dizaines d’hectares sont inexploitables. Les producteurs enregistrent de fortes baisses de productivité.

Sur la plaine dédiée au riz, certains producteurs préfèrent aujourd’hui s’adonner à la culture du maïs, moins exigeant en eau. « Nous avons tapé à toutes les portes : les directions provinciale et régionale d’agriculture, les différents ministres de l’agriculture qui se sont succédés. A chaque fois on nous fait des promesses, mais rien n’est fait jusqu’à ce jour », regrette Abdoulaye Ouedraogo, président de l’union des coopératives rizicoles de Bama.

Les agriculteurs familiaux burkinabè collectionnent les problèmes

Au plan national, la situation n’est guère plus reluisante pour les agriculteurs familiaux. « Il n’y a plus de terres cultivables car les terres sont dégradées. Il y a des ravins partout. Quand il pleut, les eaux ruissellent à travers ces ravins et nos champs demeurent secs. On sème et on ne récolte rien. La population augmente et les terres ne suffisent plus », explique Yobi Ouedraogo, agriculteur à Toecé, un village du centre-nord du Burkina Faso.

Les problèmes sont tels que nombre d’agriculteurs familiaux croient de moins en moins en leur métier. « Je ne veux pas que mon enfant finisse agriculteur comme moi. S’il devient infirmier ou instituteur c’est mieux. Car il pourra m’aider avec la nourriture durant la saison des pluies pendant que je cultive ». Confidence de Ratama Sawadogo, agricultrice à Guié également dans le centre-nord du Burkina Faso.

Croire à son métier

La cinquantaine presque, Ramata Sawadogo cultive du sorgho et du niébé principalement pour la consommation de sa famille. Mais ses récoltes suffisent à peine à couvrir les besoins alimentaires de sa famille.

En plus, veuve, elle est obligée chaque année d’en vendre une partie pour couvrir la scolarité de ses trois enfants. Toute sa vie, Ramata Sawadogo a cultivé. Visiblement, aujourd’hui elle n’en peut plus. « C’est vrai je suis fière de l’agriculture, mais si vous me trouvez une occupation je suis intéressée. L’agriculture c’est que des angoisses. Il ne pleut plus et aujourd’hui il y a plus de souffrance que de profit », ajoute-elle.

Entre la faiblesse du soutien étatique, la prédominance de la production de subsistance, le faible élan de modernisation et les effets conjugués des changements climatiques, la promotion de l’agrobusiness et l’accaparement des terres par l’élite urbaine qui va avec, l’agriculture familiale doit absolument se transformer afin de répondre aux attentes de millions de ruraux et aussi d’une classe moyenne urbaine en pleine émergence.

 

(Texte extrait de l’article original d’Inoussa Maïga publié dans Défis Sud : http://www.sosfaim.be/pdf/publications/defis_sud/116/defis_sud_agriculture_familiale_burkina.pdf)

Crédits photos : Inoussa Maïga

 

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