Réussir là où d’autres perdent espoir

Siriki Ouattara à l'entrée de son hangar de stockage d'igname

Siriki Ouattara à l’entrée de son hangar de stockage d’igname

A 37 ans, Siriki Ouattara, jeune entrepreneur agricole, respire le bonheur. « En dehors du sel, tout ce que nous consommons sort de mon champ. On a les amendes de karité pour faire le beurre, on fait la culture maraichère pour avoir les légumes, on produit les céréales et les tubercules, on a le lait grâce à mes bœufs. On n’a pas besoin d’acheter grand-chose au marché », confie-t-il visiblement fier.

Au Burkina Faso, comme partout ailleurs dans le monde, la recherche d’une vie meilleure pousse chaque jour de nombreux jeunes à quitter les campagnes pour rejoindre les villes. Mais Siriki Ouattara, pour trouver son bonheur, a fait le chemin inverse.

De la ville à la campagne

Né en Côte d’Ivoire, il a passé une partie de son adolescence à Bobo-Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, où il est régulièrement inscrit à l’école. Mais en 2001, après avoir échoué deux fois de suite au brevet d’études du premier cycle (BEPC), il décide de changer de voie. « J’ai vu que mes petits frères avançaient et que mon père avait beaucoup de dépenses. J’ai décidé de venir cultiver. C’est ainsi que j’ai commencé petit à petit, je fais l’agriculture et l’élevage ensemble », confie-t-il.

Siriki Ouattara s’est établi à Boborola, un village plus ou moins enclavé situé à 80 km de Bobo-Dioulasso. Il a commencé avec un champ de deux hectares. Aujourd’hui, marié à deux femmes et père de cinq enfants, Siriki exploite près de 100 hectares. « Quand je suis arrivé, je n’ai trouvé que quelques familles. Je suis allé voir le chef du village, il m’a indiqué une zone et m’a donné l’autorisation de cultiver autant que je peux. Il m’avait juste demandé une chèvre, un coq et une poule pour les sacrifices », se souviens-t-il.

Ce jeune entrepreneur rural cultive le riz (semences et consommation), le maïs (semences et consommation), le mil, le niébé (semences et consommation), l’igname, le manioc, la patate, le sésame, la pastèque, etc. Il possède également un troupeau d’environ 160 bœufs et une centaine de moutons et de chèvres. « C’est une richesse si tu sais l’exploiter. Il ne faut pas le garder son troupeau juste pour se vanter d’avoir 160 têtes, il faut essayer de vendre les animaux qui sont en forme quand le marché est bon », explique le jeune entrepreneur.

Siriki Ouattara clame à qui veut l’entendre son amour pour la terre. Toute chose qu’il doit en partie à son père Abou Ouattara. « Je ne l’ai pas retiré de l’école pour les champs, mais je lui ai juste appris le métier d’agriculture. Ainsi, s’il ne réussit pas à l’école au moins il saura faire mon métier pour se nourrir. Ce que je fais pour les nourrir qu’il puisse suivre mes traces pour subvenir à ses besoins, même si je ne suis pas là », témoigne Abou Ouattara.

Le travail paie

Siriki Ouattara examinant l'état de ses récoltes de sésame

Siriki Ouattara examinant l’état de ses récoltes de sésame

Le rêve de son père, Siriki Ouattara l’a réalisé et surpassé. Il raisonne en vrai entrepreneur agricole, orienté sur le marché, avec un plan d’embauche précis. Il emploie en moyenne 15 à 17 personnes, des femmes pour les semis et des hommes pour le labour à la charrue ou le désherbage à la daba. « Je fais un calcul pour leur prise en charge. Je sais que cette année il me faut tant d’employés et j’essaie de calculer en fonction de leur salaire et leur nourriture. Je prépare le tout et dès qu’on commence il n’y a pas de souci. Il ne faut pas employer les gens parce qu’il faut employer. Il faut travailler pour pouvoir avoir quelque chose comme bénéfice à la fin », explique-t-il.

Travailleur et généreux, Siriki a révolutionné en sa manière les pratiques agricoles à Boborola. « Quand je suis arrivé les gens avaient une manière de cultiver, ils ne semaient pas en ligne et ils avaient de petites portions de champs. Ils ne partaient pas régulièrement au champ. J’ai commencé à travailler et ils ont vu que mes méthodes étaient meilleures, c’est ainsi que beaucoup ont commencé à faire comme moi. Les gens cultivaient avec la petite daba et ils ont commencé à cultiver avec la charrue. Parfois je donne mes bœufs de labour à mes voisins pour qu’eux aussi puissent gagner un peu », confie très modestement Siriki.

Au même moment, des jeunes natifs du village, fuient Boborola pour se rendre en Côte d’Ivoire ou au Ghana à la recherche de l’eldorado. D’autres abandonnent l’agriculture au profit de l’orpaillage[1], phénomène en pleine expansion au Burkina Faso.


[1] Exploitation artisanale de l’or. L’or est depuis 2009 le premier produit d’exportation au Burkina Faso, détrônant l’agriculture (coton).
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Une réflexion sur “Réussir là où d’autres perdent espoir

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