Riziculteurs et étuveuses de Banzon : un mariage d’amour et d’intérêt

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A Banzon, riziculteurs et étuveuses travaillent main dans la main pour la valorisation du riz produit localement

Le département de Banzon, à l’ouest du Burkina Faso, est devenu un pôle de production, de transformation et de commercialisation du riz local, grâce à un partenariat sans précédent entre riziculteurs et étuveuses. Le « riz de Banzon » est aujourd’hui célèbre grâce aux étuveuses. Ces femmes, plusieurs centaines, parmi les quelles des épouses de producteurs, vivent de l’étuvage et la commercialisation du riz local. Elles approvisionnent le marché local, national et même les pays voisins.

« L’acte de mariage«  les unit sentimentalement, la « convention de partenariat«  les rapproche professionnellement. A Banzon, riziculteurs et étuveuses produisent, transforment et commercialisent le riz local pratiquement « en famille ». Et ça marche bien.

Depuis 2005, la Société Coopérative Agricole de Banzon (SCAB) réunissant des centaines de riziculteurs et l’Union Départementale des Transformatrices et Etuveuses de Riz (UDTER) constituée de 14 groupements de femmes, ont uni leur destin par la signature d’une convention permanente pour la valorisation du riz local.

La SCAB s’engage à consacrer chaque année au moins 75% de la superficie de la plaine, soit 340ha sur 454, pour la culture du paddy pour satisfaire les besoins des étuveuses en matières premières.

Les 113 autres hectares sont destinés à la production de semence de riz. A son tour, l’UDTER s’engage à valoriser le riz paddy de la SCAB par la transformation et l’étuvage au niveau local. Le prix d’achat du kilo convenu correspond au prix plancher de l’année majoré de 20 FCFA.

 

Gagnant – gagnant

 

Ce partenariat fait bien l’affaire des deux parties. Les producteurs ont désormais la garantie de payement de leur riz aussitôt après les récoltes et à un prix défiant toute concurrence. « Avant, on collectait le riz des producteurs pour la vente groupée, mais on ne disposait pas d’argent pour leur remettre afin qu’ils préparent la campagne suivante. Mais avec nos femmes, elles prennent notre riz, elles nous donnent l’argent et nous aussi on remet ça aux producteurs », explique Yacouba Diallo, secrétaire général de la SCAB.

Quant aux étuveuses, elles peuvent compter sur la qualité du paddy fourni par la SCAB.« Le riz de la coopérative est de très bonne qualité. On connait très bien la variété et toutes les informations importantes sont marquées sur les sacs. Avec ce riz, on peut sortir un produit fini de qualité », se réjouit Salimata Sanou, secrétaire de l’UDTER.

Comment en sont-ils arrivés là ? Comment ces femmes, pour la plupart non instruites, ont réussi à mettre en place cette convention qui garantit leur intérêt et rassure leurs clients, à savoir leurs maris ? Comment expliquer que le prix plancher fixé par le gouvernement soit majoré de 20F par kg et que cela marche ? Comment expliquer le succès de ce partenariat entre producteurs et étuveuses ?

Une organisation progressive

Tout est parti du désengagement de l’Etat du secteur agricole au début des années 1990. La Caisse générale de péréquation (CGP), une société étatique, qui détenait le monopole de l’achat et de l’importation du riz et veillait à l’équilibre entre les prix sur le marché international et les prix des produits locaux, disparait. « A partir de ce désengagement, le prix du riz n’a plus jamais été contrôlé. Donc le prix était libre. On a approché les directeurs régionaux, les décideurs politiques. Malheureusement à chaque fois on nous a dit vous êtes libre de vendre votre riz comme vous le voulez, liberté totale », témoigne Lancina Berthé, président du Comité interprofessionnel du riz du Burkina (CIRB).

Le riz local ne peut soutenir la concurrence du vieux riz importé bon marché. Sur la plaine de Banzon, les paysans vendent à perte ou gardent leur production sur les bras, faute de débouché.

Le vide laissé par l’Etat permet aux commerçants d’asseoir leur monopole et d’imposer leurs conditions aux producteurs. Découragés, certains abandonnent la plaine pour cultiver le maïs ou le coton. Les plus courageux poursuivent, s’appuyant sur leurs épouses pour garder la tête hors de l’eau.

Après les récoltes, celles-ci récupèrent le riz paddy qu’elles transforment et commercialisent directement aux consommateurs et aux restauratrices. « Si vous êtes allés ensemble dans la plaine vous battre et que le riz de vos maris est entrain de pourrir sous les hangars vous êtes obligés de chercher une solution ensemble. En 2001 nous avons eu l’idée d’étuver le riz de nos maris et de revendre sur le marché local. Aujourd’hui on vend sur le marché national et à l’extérieur même », explique Salimata Sanou.

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Au début, les femmes travaillaient individuellement, chacune à son domicile. Mais au fil des ans, elles se sont organisées en groupements avec l’appui technique du Centre d’Etudes et de Coopération Internationale (CECI). « Nous avons eu un volontaire qui a réalisé une étude économique qui a montré qu’il n’y avait pas de problème pour écouler le paddy car les étuveuses étaient capables d’absorber toute la production rizicole de la plaine. Nous nous sommes dit qu’il fallait donc organiser ces femmes », explique Adama Ouédraogo, Directeur du CECI.

Progressivement, les étuveuses s’interposent et aujourd’hui la SCAB peut se soustraire du joug des commerçants véreux et mauvais payeurs. « Nous avons  jusqu’à présent près  de 40 millions de francs qui ont disparu, et que l’on ne peut même plus récupérer. Les intéressés circulent sans être inquiétés », témoigne Seydou Sawadogo, impuissant.

Depuis ces malversations, plus rien ne va entre les producteurs et les commerçants. Les premiers boudent les seconds et leur refusent tout achat du paddy à crédit. « On ne croit plus au commerçant. Il n’y a plus de confiance », martèle le président de la SCAB. Désormais la SCAB fait de l’UDTER son partenaire privilégié.

Quels ingrédients du succès ?

Comment expliquer le succès de ce partenariat ? Les premiers ingrédients sont la confiance mutuelle et l’innovation. « Avec les étuveuses, chaque année, c’est une nouvelle expérience, et c’est des expériences qui s’accumulent. Actuellement nous savons que nous on peut faire confiance aux étuveuses ». Et Adama Ouédraogo du CECI renchérit : « A partir du moment où les femmes arrive à enlever la totalité du produit et que même elles font des payements anticiper ca créer la confiance entre elles et leur époux ».

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La transformation du riz au niveau local permet également aux étuveuses d’accorder aux producteurs un bon prix d’achat du paddy et de tirer elles aussi leur épingle du jeu. « On produit ici, on transforme ici, on commercialise ici. Ça crée de la valeur ajoutée à notre riz », savoure Seydou Sawadogo président de la SCAB.

Et c’est toute la vie au sein des ménages paysans qui s’améliore. « Dans presque toutes les familles il y a des motos, des charrettes… Avant c’était les cotonculteurs qui possédaient des motos.  Mais actuellement on dit ici que celui qui ne produit pas le riz n’aura pas de motos », ajoute-il. Les deux parties se sont alliées à une institution de micro finance.

Un atout non moins important. Pour permettre à l’UDTER de disposer de liquidité pour l’achat au comptant du riz paddy, la SCAB a constitué un fonds de facilité d’accès au crédit de plus de 7 millions de francs CFA auprès de la caisse populaire de Banzon grâce au soutien d’Oxfam Solidarité.

Mais la SCAB et l’UDTER n’auraient pas pu relever le défi de la commercialisation sans les appuis divers (financier, technique, organisationnel…) des partenaires au développement. Salimata Sanou le reconnait volontiers : « C’est grâce à ces appuis que nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui. On arrive à produire du riz de qualité et tout le monde connait le riz de Banzon ».

Comme quoi, les paysans laissés à eux-mêmes, malgré leur volonté, leur courage, leur abnégation, ne peuvent aller loin. Les ONG et autres organisations de coopération au développement ont dû combler le vide laissé par l’Etat pour que les riziculteurs de Banzon puissent prétendent à des lendemains qui chantent.

Toutefois, à Banzon les problèmes de l’écoulement se posent toujours, avec les coûts élevés de transport. Mais en attendant de monter au front contre ce problème, le chemin parcouru vaut bien des encouragements.

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