Bourse céréalière internationale : L’Afrique de l’Ouest vend et achète des céréales à l’Afrique de l’Ouest

ImageCréée en 2008, la bourse céréalière internationale continue de faire la preuve de son utilité. Organisée par Afrique Verte International, la quatrième édition s’est tenu les 13 et 14 décembre derniers à Ouagadougou, au Burkina Faso. Une centaine d’opérateurs céréaliers du pays hôte, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Mali, du Niger et du Togo y ont pris part.

« Vendeur ou acheteur ?… Vendeur… Qu’est-ce que vous vendez ?… Riz étuvé… Non je cherche plutôt du soja… Du soja vous dites, venez par ici… Vous en avez ?… Oui… Quelle quantité ?… Autant que vous voulez… Vous êtes d’où ?… Bénin… Quelle partie du Bénin ?… Bohicon… Vous pouvez me livrer ça à Pouytenga ?… Ça dépendra du prix…».

Négocier directement !

La cour du Conseil burkinabè des Chargeurs (CBC), à Ouagadougou, s’est transformée, pour deux jours, en un marché international de produits agricoles, où se côtoient vendeurs et acheteurs.

Abdoulaye Ouédraogo est producteur céréalier. Il vient de Banfora, dans l’ouest du Burkina. Il expose des échantillons de ses produits : maïs jaune, sorgho blanc, sésame, anacarde, noix de karité.

El Hadj Abdou Hassane, commerçant céréalier nigérien, se faufile dans les allées du « marché ». Dès qu’il voit un produit qui l’intéresse, il prend place sur une des chaises réservées aux acheteurs ou promet de revenir plus tard, si le vendeur est en pleine négociation. «  Je suis venu acheter du maïs, du mil et du sorgho. C’est la quatrième fois que je prends part à cette bourse céréalière. Tout se déroule dans de bonnes conditions, on se comprend », confie El Hadj Abdou Hassane.

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Abdoulaye Ouédraogo enregistre ses premières commandes. «  Quelqu’un est venu me commander du maïs. Il a demandé 100 sacs de maïs jaune à 12 500F le sac. Ce prix m’arrange, parce que sur le marché, le kilo est à 125F. C’est lui qui prend en charge le transport. Je suis content », dit-il.

Abdou Sindaogo, lui est venu de Pouytenga dans le centre-est du Burkina. « Le commerce de céréales, c’est mon travail. Je ne fais que ça », assure-t-il. Ce commerçant est venu flairer les bonnes opportunités. « Je suis à la fois vendeur et acheteur. Je suis venu pour vendre le soja, l’arachide, le haricot et le sésame, dit-il. J’ai trouvé quelqu’un qui peut me vendre le soja à un prix moindre que ce que je propose. Il va évaluer la quantité qu’il a dans son magasin et demain on s’entendra sur le prix. Je discute aussi avec la dame de Côte d’Ivoire qui vend du maïs. Mais elle a du maïs jaune alors qu’au Burkina on préfère le maïs blanc », ajoute-il.

La dame de Côte d’Ivoire, c’est Mme Antoinette Koassi. Elle représente la Coopérative des Femmes pour la Production, la Transformation et la Commercialisation des vivriers de Maravi (COVIMA) à Bouaflé.

Elle est venue proposer 20 000 sacs de maïs jaune. « J’ai échangé avec quatre personnes, mais pour l’instant je n’ai rien vendu. Le problème, c’est le prix. Ils trouvent que chez nous c’est plus cher. Présentement, en Côte d’Ivoire, le sac de maïs est à 11 000 F. Mais les acheteurs proposent d’acheter à 8 000 ou 8 500 F. Ça ne m’arrange pas. L’écart est très grand, mais j’ai espoir. Je pense que d’ici demain je pourrai avoir un acheteur », dit Mme Koassi.

Elle laisse entendre que même si au terme des deux jours de négociation elle ne parvenait pas à vendre le moindre sac, elle ne regrettera pas d’avoir fait de déplacement. « Je reviendrai à la prochaine occasion. Car cette rencontre me permet d’échanger avec d’autres acteurs que je ne connaissais pas. J’ai pris beaucoup de contacts et cela me permettra d’avoir des acheteurs à l’avenir », déclare la secrétaire générale de la COVIMA.

 

Parer les crises alimentaires

La quatrième bourse céréalière internationale constitue un espace d’affaires sans équivalent entre opérateurs céréaliers de la sous-région ouest-africaine. « Avec la régionalisation du marché des céréales et la fréquence des crises alimentaires, la sécurité alimentaire ne peut plus être pensée à l’intérieur des frontières nationales. Les échanges transfrontaliers deviennent ainsi incontournables pour l’atténuation des crises alimentaires », analyse Mme Christine Kaboré, présidente d’Afrique Verte International.

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M. Issaka Dermé, conseiller technique du ministre de l’agriculture et de l’hydraulique du Burkina, rappelle que les crises alimentaires résultent de la mauvaise répartition des récoltes entre les régions et entre les pays de la sous-région.

La bourse internationale vise précisément à fluidifier des échanges céréaliers, notamment par des transferts de céréales des zones excédentaires vers les zones déficitaires. « L’organisation de la bourse céréalière est une initiative louable, en ce sens qu’elle est l’œuvre des acteurs eux-mêmes, constituant ainsi un début de solution à certaines de nos préoccupations, parmi lesquelles, l’importante question de la mise en marché des produits agricoles et la nécessité de transférer les excédents céréaliers des zones de forte production vers les zones déficitaires ou de consommation nette », souligne le conseiller technique.

200 000 sacs vendus

En deux jours de négociation, 51 contrats d’achat/vente ont été signés, soit plus de 20 000 tonnes de produits agricoles. Le maïs blanc est de loin le produit le plus demandé avec 82 tonnes, suivi du sorgho blanc (56 tonnes), du mil (28 tonnes) et du niébé (22,5 tonnes).

Pour autant, ces promesses d’achat aboutiront-elles à de vrais achats ? Le débat sur la valeur des contrats signés fait rage. « On a toujours discuté de la valeur de ces contrats. Nous les considérons comme des outils souples destinés à faciliter les relations entre les acteurs. Ils permettent à l’acheteur d’avoir une visibilité sur ce sur quoi il s’était engagé. Ce contrat est d’abord moral. Nous procédons ainsi depuis une vingtaine d’années et ça marche. Souvent nous mettons les opérateurs en relation et après ils poursuivent leurs relations sans nous. Il ne s’agit pas d’amener un opérateur en prison », plaisante Issaka Hebié, chargé des programmes à APROSSA Afrique Verte Burkina.

Il rappelle l’existence d’un dispositif de suivi de la mise en œuvre des différents contrats d’achat signés au cours de la bourse céréalière. « Nous sommes dans plusieurs pays : Mali, au Niger, au Burkina et en Guinée. La majorité des opérateurs présents ici viennent de ces pays-là. Nous avons aussi quelques opérateurs du Togo et du Bénin. Nous allons répartir les contrats par pays en demandant à chacune de nos structures d’en assurer le suivi. Nous avons un site de partage d’information. Nous diffuserons aussi les informations sur les transactions effectuées sur notre plateforme électronique. Nous partagerons l’information avec tous ceux qui auront besoin des contacts pour des achats ou des ventes », explique Issaka Hébié.

Afrique Verte assure aussi le suivi des contrats. « Nous appelons régulièrement pour voir comment ça évolue. Il y en a qui peuvent avoir des difficultés. Quand ils nous appellent, nous voyons quoi faire pour les aider».

Tracasseries administratives et torts partagés

Cette batterie de mesures ne rassure nullement El hadj Abdou Assane, du Niger : «  La traversée des produits à la frontière n’est pas fluide. Les accords de l’UEMOA permettent en principe à chaque pays de s’approvisionner dans un autre pays. Sur les papiers, dans le discours c’est bien, mais dans la pratique ce n’est pas du tout ça. Chaque fois qu’on essaie de faire sortir les céréales, on rencontre toujours les mêmes problèmes, des tracasseries routières de tout genre. Parfois on vous interdit formellement de sortir les produits. Cela n’est pas normal », regrette-il.

Et la présidente d’Afrique Verte International de le rassurer en ces termes : « Nous sommes encore là et nous ferons la même chose que les années précédentes. Nous taperons là où il faut taper et peut-être encore plus pour que des solutions soient trouvées et que les tonnages qui ont été commandés par celui-ci ou celui-là puissent arriver à bon port », dit Mme Kaboré.

Pour sa part, Mamadou Goïta, président d’Afrique Verte Mali, élu récemment par ses paires président d’Afrique Verte Internationale, suggère que chaque transaction soit accompagnée d’un courrier signé par les différents présidents du réseau Afrique Verte pour faciliter le passage des produits aux frontières. « C’est extrêmement important, parce que les textes de notre sous-région régissent ces mouvements de céréales. Je suggère aussi aux uns et autres de se munir des documents juridiques qui indiquent que les produits transportés ne doivent pas payer de taxes. En cas de dérangement, il suffit de montrer ces documents. Ainsi, les associations seront plus à l’aise pour gérer les suites », conseille-t-il.

Il exhorte aussi les opérateurs à adopter une conduite irréprochable. « Essayez d’être à jour. Les véhicules que vous empruntez doivent être en règle, prenez les produits mentionnés sur vos papiers. Ne mettez pas des choses qui n’y figurent pas, parce que ça complique la tâche de tout le monde ». Aux commerçants donc de mettre fin aux pratiques qu’ils dénoncent pour donner toute sa force au plaidoyer des ONG qui défendent leurs intérêts.

Inoussa Maiga

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