Paysans visionnaires, entrepreneurs en herbe

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Longtemps victimes des assauts multiples des commerçants, de plus  en  plus  de  producteurs  familiaux  burkinabè  s’organisent autour de produits précis pour conquérir les marchés locaux et améliorer la rentabilité de leurs investissements.

« Bonjour ! j’ai du maïs à vendre… Combien ?… 500 francs le plat… trop cher…Alors combien proposez-vous ? … Je vais vous le prendre à 350 francs … Non ce n’est pas possible … C’est mon dernier prix … »  Au  Burkina  Faso,  ceux  qui  fréquentent les marchés forains des villages sont très souvent témoins de ce genre de scènes.

Les paysans se plaignent des prix instables et peu rémunérateurs que leur imposent les commerçants. Ces derniers, pour  se  justifier,  avancent  les  coûts  de transport élevés, la faiblesse du prix de vente au consommateur final, de plus en plus séduit par les produits importés.

À l’origine de cette brouille : des marchés déstructurés, des filières désorganisées, une méfiance «séculaire» entre acteurs. Voilà le résultat d’une faible productivité et  d’un  manque  de  réelle  concertation entre  exploitants,  vendeurs  de  produits et d’intrants agricoles, organismes d’appui et de formation, institutions financières ou de microfinance, etc.

«Les producteurs familiaux sont souvent le maillon faible tout simplement parce qu’ils ne sont pas assez bien organisés pour défendre leurs intérêts. Or, en, face ils ont par exemple des commerçants qui sont plus organisés, qui ont l’information sur les marchés et qui ont un pouvoir de négociation beaucoup plus grand», constate  Stéphane  Bayala,  Conseiller Agribusiness  à  l’IFDC,  une  ONG  américaine qui œuvre pour le développement des chaînes de valeur.

Conquérir le marché

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À Léo, une ville située à environ 200 kilomètres au sud de Ouagadougou, les commerçants  de  céréales  continuent  certes de faire la loi sur le marché mais, en face, les agriculteurs familiaux s’organisent de mieux en mieux.

Moussa Joseph Dagano est l’un d’eux. Président de la Fédération Nian  Zwè  (FNZ),  une  organisation  paysanne régionale, il gère une exploitation familiale de 40 hectares. Il cultive principalement le maïs et le riz. «Nian Zwèsignifie :‘La faim est terminée’. ça veut dire qu’avant, on cultivait pour nourrir nos familles. Aujourd’hui, on a dépassé ce stade. On produit pour conquérir le marché», déclare-t-il d’entrée de jeu, non sans fierté. «Nous ne produisons plus de la même manière. Les paysans s’engagent dans  des  productions  qu’ils  peuvent vendre facilement et à un bon prix. C’est pourquoi les gens produisent beaucoup de patate douce, d’igname, du maïs, le sésame, le tournesol, parce que le marché est très demandeur », ajoute-t-il.

En véritable leader paysan, Joseph Dagano est à l’origine d’une profonde restructuration  de  son  organisation,  amorcée il y a trois ans de cela. «Pour conquérir le marché, il fallait créer des espaces d’affaires  pour  permettre  aux  paysans d’accéder au marché à moindres frais et dans les bonnes conditions », explique-t-il.

Son arme secrète: les unités d’affaires, sorte de business centers où les paysans d’une  même  zone  géographique  se  retrouvent,  partagent  leurs  expériences  et recherchent  ensemble  des  marchés  pour la  vente  groupée  de  leurs  produits.  «On prend au moins deux à trois villages dans un rayon de 5 à 10 kilomètres pour en faire une zone d’affaires. On choisit le village situé dans le centre pour en faire le siège.

C’est là qu’on se retrouve pour rassembler les produits. La proximité permet de résoudre l’épineuse difficulté de la collecte des récoltes », renchérit Dagano.

Réaliser un bon bénéfice

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À une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Bobo-Dioulasso, la Scab (Société des coopératives  agricoles  de  Banzon),  est spécialisée dans la production du riz. Si les  causes  divergent,  l’objectif  recherché par la Scab est le même qu’à la FNZ: assurer à ses membres un meilleur gain pour  la  vente  de  leur  riz  paddy.

Depuis quelques  années,  elle  boude  les  transformateurs du riz local et le marché public  de  la  Société  nationale  de  gestion des stocks de sécurité (Sonagess). «On a un passé qui n’est pas tout à fait rose avec les commerçants, donc on ne veut plus travailler avec eux»,  déclare  Seydou Sawadogo, président de la Scab. La raison? Une crise de confiance qui s’est installée au fil des ans. «Par le passé, on avait des contrats avec eux. Ils venaient prendre notre riz et, quand ça atteignait 100 tonnes, on leur envoyait la facture. Mais, pour qu’il nous paye, c’était tout un problème. D’autres ont tout simplement fui sans rien payer », témoigne le président  de  la  Scab.

La  Sonagess,  quant  à elle, proposait un prix peu compétitif aux producteurs.  Elle  achète  sans  négociation le kilo du riz paddy à 128 francs CFA.

Aujourd’hui,  la  Scab  vend  son  riz  paddy quasi  exclusivement  aux  étuveuses,  qui, non seulement honorent toujours leurs factures dans un délai réduit, mais proposent aux producteurs un bien meilleur prix: 150 francs CFA. Un écart non négligeable de 22 francs  CFA  qui  a  définitivement  scellé  le mariage  d’intérêts  entre  producteurs  et étuveuses  de  Banzon.  «Pour le moment nous préférons travailler uniquement avec les étuveuses, à qui nous livrons toute notre production. Car elles payent à un bon prix et souvent au comptant »,  confirme solennellement Seydou Sawadogo.

Inoussa Maiga

Article publié initialement dans Défis Sud : http://www.sosfaim.be/pdf/publications/defis_sud/104/defis_sud_paysans_commercants_profits_partages_burkina_faso.pdf

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